mercredi 2 mai 2012

La dévastation que ressent la personne qui se dit victime de diffamation ne constitue pas une preuve suffisante d'un préjudice

par Karim Renno
Irving Mitchell Kalichman s.e.n.c.r.l.

Au Québec, l'action en diffamation répond aux principes de base de la responsabilité civile. La partie demanderesse doit ainsi démontrer l'existence d'une faute, d'un préjudice et d'un lien de causalité entre les deux. Dans l'affaire McMurchie c. Clément (2012 QCCS 1729), l'Honorable juge Roger E. Baker en vient à la conclusion que la dévastation qu'a éprouvé le Demandeur à la lecture des propos qu'il juge diffamatoire n'est pas un préjudice suffisant pour justifier que son action soit accueillie.


Dans cette affaire, le Demandeur, le maire de la ville de Pointe-Claire, intente des procédures en diffamation contre les Défendeurs suite à la publication d'un article sur les comptes de dépenses de certains élus, dont le Demandeur.

La preuve présentée par le Demandeur en ce qui a trait au préjudice qu'il a subi se limite à son témoignage, dans lequel il affirme avoir été dévasté en lisant l'article en question. Il n'indique pas avoir subi d'autre préjudice et la preuve indique qu'il a été réélu (par acclamation) à titre de maire de Pointe-Claire en 2009.

Selon le juge Baker, même si l'on en venait à la conclusion que les propos tenus étaient diffamatoires, ce préjudice ne suffirait pas pour que l'action du Demandeur soit accueillie:
[19] Justice Deschamps then cited with approval the judgment of Mme Justice Bich who dealt with the issue of purely subjective emotions or feelings of a person who contends that a defamation has been committed:
“There are definite advantages to relying on the objective standard of the ordinary person. Bich J.A. described them well in her reasons:
[translation] [This standard] has the advantage of not making the characterization of the impugned comments, and thus the determination of injury, dependent on the purely subjective emotions or feelings of the person who has allegedly been defamed. If comments could be shown to be injurious simply by referring to one’s feeling of personal upset, humiliation, mortification, vexation, indignation or sadness or to the fact that one’s sensibilities or feelings have been offended, hurt or even trampled on, little would be left of freedom of opinion and expression. The very concept of defamation would also become entirely dependent on the particular emotions of each individual.”
[20] It is thus clearly insufficient to simply assert "devastation" to enable the subject of a less than complimentary or even defamatory article to claim damages. There must be an objective standard, and that standard is the objective standard of the ordinary person. There is no evidence in the record of this case which might lead one to observe that an "ordinary person" would conclude that this Plaintiff has suffered anything beyond personal upset or a simple statement that he felt humiliated or devastated. As noted above, no person came to testify on his behalf. One simple statement of devastation is not sufficient within the meaning of Malhab. 
[...] 
[25] There is not an iota of evidence in the record that Plaintiff suffered any injury or prejudice. Nor, it must be said, did Plaintiff attempt to prove any prejudice. The Plaintiff has not discharged the burden of proof incumbent on all plaintiffs. 
[26] As there is no evidence of damages or injury to Plaintiff resulting from the articles in La Presse or the Montreal Gazette, there cannot be an actionable wrong; accordingly, the action by Plaintiff must fail.
Le texte intégral du jugement est disponible ici: http://bit.ly/IExYUc

Référence neutre: [2012] ABD 133

Autre décision citée dans le présent billet:

1. Bou Malhab v. Diffusion Métromédia CMR inc., [2011] 1 R.C.S. 214.

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